Savon de Marseille, épisode 2/3: comment le choisir



Dans mon article précédent, je vous ai parlé de l’histoire du savon de Marseille, ce savon emblématique des Bouches du Rhône, qui se décline actuellement en deux versions : une verte à l’huile d’olive et une jaune aux autres huiles végétales.


J’ai essayé de comprendre l’intérêt de ces deux versions et j’ai étudié la composition des savons vendus chez les quatre savonniers se défendant du « vrai » savon de Marseille afin de vous aider à bien choisir votre savon.

Concernant l’intérêt de proposer deux versions et bien je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante ! En effet, certaines marques proposent le savon « jaune » pour le linge en indiquant qu’il n’est pas indiqué en cosmétique (et communiquent sur le savon vert comme adapté pour les peaux sensibles), alors que d’autres marques, au contraire, parlent du savon jaune comme « extra pur » et particulièrement adapté pour les peaux sensibles et conseillent le savon vert pour le linge ! Si les deux types de savons sont interchangeables, quel intérêt y-a-t-il à en proposer deux ? Pour rappel, dans l’histoire du savon de Marseille, le savon « jaune » est né à la fin du XIXème siècle, lorsque de nouvelles matières premières (huile de coco et de Palme). Pourquoi changer de matière première, lorsqu’un produit est réputé et efficace et dont les matières premières sont disponibles sur place ? Pour répondre à cette question, je me suis penchée sur la composition des savons.


Avant de vous parler de mes trouvailles, petit aspect théorique et législatifs. Un savon est considéré comme un produit cosmétique selon le règlement européen CE n°1223/2009. En effet, selon ce règlement, un produit cosmétique est « une substance ou un mélange de destiné à être mis en contact avec les différentes parties superficielles du corps humain (…), en vue de le nettoyer, parfumer (… )». Par ailleurs la législation européenne impose, depuis 1998, à tous les fabricants, de lister sur leur emballage la liste complète des ingrédients entrant dans la fabrication du produit. Il s’agit de la liste INCI (pour International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Dans le cadre de la vente en ligne, l’INCI doit figurer sur le site internet. Les ingrédients doivent donc tous apparaitre, dans l’ordre croissant de leur quantité dans la formule (sans que le pourcentage ne soit obligatoire).



J’ai alors mené l’enquête et observé la composition des deux savons (vert et jaune) pour les quatre savonneries.

Je commence avec la savonnerie du Fer à Cheval. Je retrouve facilement l’INCI pour chaque produit. Par ailleurs, la marque est labellisée « Ecocert », les matières premières utilisées sont donc en principe de bonne qualité. Concernant le savon vert, il est constitué d’huile d’olive et d’huile de coco. Le cube de 300g est vendu 4,40 €. Le jaune est composé à base d’huile de palme uniquement, pour un tarif équivalent à celui du cube vert ! Première déception !


Les mêmes ingrédients sont retrouvés pour les savons de la Savonnerie du Midi (vendus sous la marque « La corvette ») pour des tarifs un peu moins élevés.


Pour la savonnerie Marius Fabre, impossible de retrouver l’INCI sur le site.

On retrouve bien un onglet « ingrédients » cependant, ne s’agissant pas de l’INCI on ne peut connaître la proportion des ingrédients. Le savon vert est à base d’huile d’olive et de coco mais sans que l’on sache qu’elle huile se trouve en plus grande quantité dans le savon. Et c’est bien là le problème, l’huile de coco étant plus grasse que l’huile d’olive, si elle rentre en plus grande quantité dans le savon, le rendu ne sera pas le même et le savon sera plus gras… (Ah oui je ne vous ai pas dit, le savon du départ, celui qui graisse la vaisselle, à l’origine de cette enquête, vient de chez Marius Fabre). Le savon jaune est à base d’huile de tournesol et de coco. La marque communique sur l’absence d’huile de palme dans ces produits. Cependant, elle ne communique en rien sur l’intérêt de l’huile de tournesol en cosmétique. Personnellement, je n’en connais pas vraiment ! Côté tarif, le cube de 400g de savon vert est à 4 € et le cube de 400g de savon jaune est à 4€10 (légèrement plus cher donc). Deuxième déception.


Pour la savonnerie du Sérail, il n’y a pas de boutique en ligne, mais j’ai retrouvé les produits chez un revendeur (site eclatsdesavon.com). C’est le pire du pire ! Pas d’INCI, pas d’ingrédients, juste un slogan sur une étiquette évoquant un savon à l’huile d’olive (qui est le même pour le savon vert ou le savon jaune !).


Je n’ai pas retrouvé, en vente sur le site internet de ces savonniers « authentiques» , de savon de Marseille uniquement à l’huile d’olive. Super décevant !

Conclusion à ce stade, on retrouve deux types de savons sans que cela soit réellement justifié et il est parfois compliqué de connaître la composition des savons. De plus, les ingrédients utilisés pour le savon « jaune » sont controversés pour certains (huile de palme) et sans grand intérêt cosmétique pour d’autres (huile de tournesol). Enfin, chez chaque fabricant, les tarifs des deux types de savons sont à peu près les mêmes. Je m’interroge alors, l’intérêt dans tout cela serait-il financier ? J’ai alors recherché le prix de la tonne pour l’huile d’olive, l’huile de coco, l’huile de Palme et l’huile de Tournesol. Comme je m’en doutais, les différences vont du simple au double ! L’huile d’olive est la plus chère, suivie de près par l’huile de coco qui sont jusqu’à deux fois plus chères que l’huile de palme, elle-même plus chère que l’huile de tournesol ! Les tarifs des savons jaunes sont donc à mon sens trop élevés par rapport au prix des matières premières.


Mon avis, qui n’engage que moi, est que le seul intérêt de ce savon de Marseille « jaune » est juste de pouvoir faire de plus gros profits, d’une part en vendant deux types de savons, et en faisant une marge plus importante sur le savon jaune d’autre part.


On peut aussi se demander pourquoi ajouter de l’huile de coco dans le savon vert, puisque le prix de l’huile d’olive et de coco sont très proches ? J’ai cherché une réponse, en vain. La seule chose que j’ai trouvé, c’est que l’huile de coco permet au savon de durcir plus vite. Mon hypothèse ? En ajoutant cette huile, le temps de séchage est réduit, le temps de traitement est donc plus court et le savon plus rentable (une fois encore, c’est une hypothèse qui n’engage que moi).


A ce stade de la lecture, vous vous dites que vous ne savez toujours pas comment choisir votre savon ! J’y viens !

Bon, je pense que vous l’aurez compris, exit le savon jaune aux « huiles végétales », qui ne présente pas vraiment d’intérêt !


Quant au savon vert à l’huile d’olive et de coco, ce n’est pas un mauvais savon ! L’huile de coco présente de grandes qualités pour la peau ! En revanche, il existe un envers du décor de cette huile, due à l’exploitation animale (pour plus d’informations, vous pouvez lire l’article dédié à l’huile de coco sur mon blog). Il faudrait donc pouvoir s’assurer d’une bonne provenance de l’huile de coco. En revanche, je m’interroge pour les autres utilisations du savon, pour un usage ménager (lessive, vaisselle). En effet, la présence d’huile de coco va graisser le savon et réduire son efficacité.


Je ne saurais donc que vous conseiller de choisir un savon ne comportant que de l’huile d’olive.

Oui, mais me direz-vous, les quatre seuls savonniers authentique, ne proposent pas de savon uniquement à l’huile d’olive (en tout cas sur leur site internet) ! Vous avez raison ! Mais j’ai continué à chercher…Et j’ai trouvé ! Le savon de Marseille pur Olive de la marque Théophile Berthon (4€90 les 300g) soit proche des tarifs de la savonnerie du Fer à Cheval! En prime ce savon est labellisé Slowcosmétique ce qui vous garantit des matières premières de qualité et une démarche éco-responsable à toutes les étapes du processus ! Par ailleurs, on retrouve chez les vendeurs de savon en vrac (ou les épiceries en vrac) des barres de savon de Marseille à l’huile d’olive exclusivement (d'ailleurs il en existe de chez Marius Fabre, qui sont de très bonne qualité, mais on ne les retrouve pas sur leur site internet, et là je dois avouer que c'est un mystère pour moi) ! Ce n’est donc pas peine perdue, mais il faut faire attention !


En résumé, au moment du choix regardez l’INCI (s’il n’est pas présent c’est louche). Votre savon de Marseille ne devrait retrouver rien d’autre que de l’huile d’olive (sodium olivate), éventuellement de l’huile de coco (sodium cocoate), de l’eau (aqua), du sel (sodium chloride) et de la soude (sodium hydroxyde).


Vous connaissez maintenant tous mes secrets pour choisir un bon savon de Marseille, je vous retrouverai très vite pour mes recettes et astuces !

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